Archives pour octobre, 2009

31
oct

JUSQU’A PLUS SOIF - Avis sur “Thirst” by Park Chan-wook

Alors tout d’abord, oui, j’ai décidé de faire des jeux de mots dans chaque titre d’article (au rythme de un tous les 6 mois, vous aurez le temps de vous en remettre).

Alors ensuite, pour toi, mon ou ma fan qui me lit assidûment, oui il devait y avoir une deuxième partie sur le BIFF. Il devait aussi y en avoir une sur Monte Hellman. Elles ne viendront sûrement jamais. Honte sur moi, mais pour me disculper, j’userai du classique “ouais mais bon voilà quoi”.

Tout cela précisé, on peut y aller! :-)

 

 

(attention, quelques menus spoilers)

 

thirst_poster“Thirst” donc. Des vampires, Park Chan wook, Song Kang ho…miam, se disait-on à première vue.

Avec ce film, et après la Suéde avec « Let the right one in », les USA avec « Twillight » (!!), le Japon avec « Vampire girl vs Frankenstein girl » (ok, celui-là, on le met à part), c’est au tour de la Corée du Sud et de Park Chan wook d’actualiser le mythe du vampire en le plaçant dans un contexte contemporain et réaliste. Au vu du potentiel esthétique du bonhomme, et de sa tendance à porter atteinte sans hésitation aucune à ce qui est sacré (la religion, les enfants, voire l’intégrité physique et spirituelle de ses personnages), on pouvait nourrir de réelles attentes quant à « Thirst ». Le problème, c’est qu’avec Park Chan wok, on est plus souvent dans la tendance que dans une vraie direction donnée au film ; et que des qualités plastiques, c’est bien, mais les mettre au service du récit, c’est mieux.

 

On retrouve ici de manière flagrante une tare de son cinéma, à savoir une incapacité à développer en profondeur ses thèmes, voire parfois à les choisir. Cela était particulièrement présent dans « Old boy », qui multipliait les amorces de pistes alléchantes, pour aussitôt les abandonner, laissant le spectateur frustré. Mais « Old boy » possédait au moins une trame, une idée directrice. Ici, le réal saute d’une idée à une autre, abandonnant à chaque fois la précédente. Et pourtant, le film part plutôt bien, avec ce plan d’ouverture montrant l’ombre d’une branche d’arbre projetée sur un mur dans le cadre lumineux d’une fenêtre. On se dit que l’on va être en plein dans les thèmes et l’imagerie du vampire. Ca continue tout aussi bien avec des idées originales et intéressantes : une créature damnée, idolâtrée pour des miracles que l’on attribue à la foi; la condition de vampire elle-même (c’est à dire les changements concrets qui l’accompagnent, et non le romantisme teinté de gothisme qu’on lui attribue en général) comme atout de séduction (cf la très belle scène où le prêtre saute d’immeuble en immeuble, l’héroine dans les bras, et qui marque le moment où celle-ci est vraiment conquise: c’est son état de “monstre” qui la séduit)… Et puis, avec, en gros, l’épisode du meurtre, patatra ! Plus aucune continuité dans l’histoire, on passe du mythe de vampire à une adaptation (ratée) de Thérèse Raquin; une histoire de culpabilité qui arrive comme un cheveu sur la soupe, illustrée de façon bien banale ; puis soudain c’est la déchirure dans le couple, là encore pas bien amenée du tout, et pour finir on tombe dans l’histoire banale et sans ambitions du duo de vampire ayant chacun sa vision du vampirisme, l’un chasseur, l’autre souhaitant à tout prix respecter la vie humaine.

 

Cette tendance à effleurer les thèmes plus qu’à ne les creuser est des plus agaçantes, d’autant que lesdits thèmes ont souvent un gros potentiel. De plus, cela donne vraiment l’impression d’un certain jemenfoutisme de la part du réal, d’un traitement superficiel de son œuvre. Ici, cette impression est renforcée par l’humour destructeur qui parcourt le film. Certes ce n’est pas nouveau, Park Chan wook a toujours été capable de placer une instant comique entre deux scènes des plus sombres. C’est son style, on aime ou l’on n’aime pas. D’habitude, ça ne me dérange pas (trop). Là, si. Peut-être parce que d’habitude, on trouve plus de cynisme dans ses films. Peut –être parce que j’étais dans une salle qui avait le rire facile. Toujours est-il que cette légèreté et cet humour viennent ruiner certaines scènes, et donne l’impression que lui-même ne prend pas son sujet au sérieux. Deux exemples. La scène du suicide aurait pu être hautement dramatique, mais le numéro de clown auquel se livre les deux personnages vient totalement désamorcer la tension. De même, lors du meurtre des partenaires de Mah Jong, on a droit a une musique légère, limite burlesque, totalement en désaccord avec ce qui nous est montré.

 thirst2

Et du coup, j’en viens à me demander: M. Park, seriez-vous un branleur qui ne pense qu’à jouer avec sa caméra ? On a réellement l’impression que le souci de créer des scènes visuellement marquantes l’emporte sur le souci de raconter quelque chose. Et il faut reconnaître que le film est parsemée de ce genre de scènes ou plans : le suicide vu par les yeux de la vieille, ou la formidable scène sur la barque (plan sur la femme et le mari; elle : « tu comptes attendre toute la nuit ? »; lui : « mais…il n’est que 9h00 »; elle : « ensuite il y aura le médecin, le commissariat, puis il fera jour »; on comprend alors qu’elle s’adresse au prêtre, et que c’est du meurtre de son mari qu’il est question, tandis qu’on passe d’un plan des deux époux à un plan des deux tueurs. Bel exemple de réalisation et de perversité). Las, ce souci du plan marquant ne fait pas mouche à tous les coups, exemple avec la scène où le prêtre suce le sang de sa bien aimée tout en lui donnant le sien à boire, espèce de 69 sanguin qui sent fort le préfabriqué et s’avère assez ridicule (si encore le 69 en question faisait écho à un érotisme et une tension sexuelle fréquente dans les histoires de vampire. Mais là encore, ce thème plus mentionné comme si c’était un incontournable, que vraiment développé). Autre exemple avec le contraste du sang sur les murs entièrement blancs de l’intérieur du couple, déja vu et assez facile. Tout cet intérieur fait d’ailleurs très factice et semble surtout avoir été pensé pour impressioner au premier abord et à peu de frais. Même la belle mére, placée au milieu telle un meuble, dans un costume traditionnel contrastant avec le décor et les vêtements modernes du couple, semble avoir été mise là pour donner une impression d’étrange finalement assez creuse et superficielle.

 

Personnellement, tous ces revirements m’ont fait sortir du film au moment où je commençais à le trouver intéressant. C’est à mes yeux le plus mauvais film de Park Chan wook, et c’est encore une fois un goût de gâchis et de frustration qui prédomine.

 

MONSIEUR PARK CHAN WOOK, VOUS FAITES CHIER !